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Un chapeau inscrit au Patrimoine de l'Unesco ?

Publié le 12/03/2021
10 min

En 1914, après 33 ans de travaux, fut inauguré le Canal de Panama.

Il aura fallu près de 500 ans pour aboutir à la création de ce canal, dont l’embryon remonterait à Charles Quint. Au 19ème siècle, la construction du canal connut des péripéties entre politique, financement de cet ouvrage hors normes et caprices de la nature.

Plusieurs dizaines de milliers d’ouvriers furent embauchés par le Français Ferdinand de Lesseps, connu pour sa direction du chantier du Canal de Suez, à partir de 1881. La construction fut reprise par les Américains, qui le terminèrent puis l’exploitèrent à partir de 1914.

histoire panama

Aujourd’hui, si nous vous parlons du Canal de Panama, c’est pour rendre hommage à cet instant où la grande Histoire a rencontré un savoir-faire ancestral. Il est, aujourd’hui encore, marqué du sceau de ces ouvriers qui construisirent, contre vents et marées, ce canal de près de 80 kilomètres de long permettant aux bateaux de relier New-York à San Francisco en moitié moins de temps qu’auparavant.

Prêt.e à prendre la mer ?

histoire du chapeau panama

Un projet gigantesque, un savoir-faire partagé

Les chiffres autour de la construction du Canal de Panama ont de quoi donner le tournis.

Pour relier le Pacifique et l’Atlantique, il fallut 33 ans pour creuser l’isthme de Panama, longue langue de terre qui relie l’Amérique Centrale et l’Amérique du Sud. Imaginez les conditions de travail. La chaleur, les maladies tropicales, les accidents de chantier : tout cela condamna à mort plus de 22.000 ouvriers sur un peu plus de 30 ans.

Si l’on a estimé le nombre de décès, on ne connait néanmoins pas exactement le nombre d’ouvriers qui furent mobilisés. Mais il est presque certain qu’ils furent plus de 150.000 à se relayer pour mener ce projet à son terme : une petite communauté.

Et c’est là que ces travaux titanesques rencontrent le savoir-faire.

Face au soleil plombant, les ouvriers adoptèrent un chapeau qui, s’il ne les protégeait pas des épidémies ou des accidents, leur permettait au moins de supporter les conditions climatiques.

Ce chapeau est connu sous le nom de Panama. S’il tire son nom de son adoption par les ouvriers et contremaitres qui travaillèrent à la construction du canal, il n’en est pas originaire.

canal de panama chapeau

Et non, le fameux Panama ne vient pas de son pays homonyme ! Savez-vous d’où il vient réellement ?

Le vrai pays d'origine du Panama

Le chapeau désormais connu sous le nom de Panama s’appelle à l’origine chapeau de paja toquilla en espagnol.

Au sud du Panama pousse une plante qui ressemble à un palmier. Une différence : elle ne produit pas de tronc. Elle répond au nom de carludovica palmata. Elle pousse en abondance sur ce territoire d’Amérique du Sud, donnant des feuilles qui, une fois séchées, peuvent être tressées à la main.

plante chapeau panama
plante panama

Au naturel, ces dernières ont une teinte légèrement écrue, qui se rapproche de la couleur de la paille que nous connaissons tous. Aussi, le Panama traditionnel est de cette couleur. La version en blanc n’est apparue que par la suite.

chapeau panama

Depuis plusieurs milliers d’années, cette plante constitue donc la base du chapeau de paja toquilla : les tribus aborigènes en ont laissé des traces sur un ce territoire plus au Sud que le Panama.

Ce territoire correspond plus ou moins à ce qui est devenu l’Équateur aujourd’hui. C’est donc en Équateur que vit encore aujourd’hui le savoir-faire ancestral du chapeau de paja toquilla.

Un chapeau, trois traditions

Si le vrai chapeau Panama provient d’Équateur, s’il est réalisé à partir de feuilles séchées de carludovica palmata, il n’y a pas qu’un seul et unique chapeau panama. Il y en a 3 !

Le plus simple et le premier, c'est est le Panama Brisa. C’est celui de l’apprentissage. Son tressage forme des carrés plus ou moins réguliers. Parfois considéré comme le plus grossier, son charme est néanmoins indéniable !

Le second est le Panama Montecristi. Dans cette petite ville en bordure du Pacifique, les artisans travaillent traditionnellement la paille de paja toquilla debout devant leur ouvrage.

Le dernier est le Panama Cuenca. Tissé au cœur des terres équatoriennes, ce panama est confectionné généralement à la maison, en position assise.

Une histoire de tresse

Nous avons beaucoup échangé avec Angelica, à la tête d’une entreprise coopérative réunissant quelques dizaines d’artisans de Cuenca. Nous lui avons posé beaucoup de questions et nous sommes intéressés au savoir-faire de ces artisans. Elle nous a dévoilé les secrets de confection du chapeau Panama ou du moins, celui de son atelier, puisque chaque artisan apporte sa patte personnelle dans ses chapeaux.

fabrication chapeau

Tissé 100% à la main à partir de fibres séchées de carludovica palmata, le chapeau panama est commencé par la base – le haut du chapeau – et prend forme par des mouvements de tressage circulaires. Cette base est ensuite placée sur une forme de bois qui permet de poursuivre le tressage et d’incorporer de plus en plus de feuilles, jusqu’à devoir passer à la « jupe ».

L’importance du tressage :

Quand on parle du savoir-faire du chapeau Panama, comment ne pas penser à l’étape du tressage ? En plus de donner vie à la forme finale du chapeau, c’est cette étape qui marque la grande différence entre une pièce tressée à la main et un chapeau fabriqué à l’aide d’une machine.

Aussi, un chapeau Panama artisanal possède une petite rosace à l’intérieur du chapeau. C’est un signe de qualité et d’expertise que l’on ne peut obtenir qu’à l’aide de temps, de patience et d’huile de coude. À ce jour, aucune machine ne sait correctement imiter cette technique.

tissage traditionnel

Enfin, il faut finir par le remate, le rebord de la jupe. Ici, on resserre les brins de paille avec une technique, l’azocada, qui permet de couper le surplus de fibre et de garantir que le tissu ne s’effiloche pas avec le temps. Ensuite, le chapeau Panama passe à l’atelier.

savoir-faire panama

Ici, le Panama est lavé. Il est ensuite placé sur une forme afin de le figer dans les bonnes dimensions après lavage. À ce stade de confection, les artisans œuvrent depuis plusieurs semaines sur la création du Panama. On estime qu’il faut entre 30 et 60 jours pour créer un Panama artisanal. L’étape du tressage est logiquement la plus longue. Elle oscille entre 10 et 30 jours selon l’habilité et l’expérience de l’artisan.

Enfin, l’atelier le personnalise. S’offre à l’artisan le choix de l’intemporel - une large bande de cuir - ou celui de l’originalité comme des broderies fantaisie.

fabrication chapeau

Le véritable chapeau Panama représente plus qu’un simple couvre-chef. Son histoire, ses tisserands et les communautés qui le font vivre donnent une idée de tout ce qu’il implique. Les techniques manuelles millénaires qui composent son savoir-faire lui ont même valu une inscription dans le Patrimoine culturel immatériel de l’humanité en 2012.

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